Ces jours-ci, les opinions vont bon train pour débattre sur la hausse des frais de scolarité ou les initiatives impopulaires du Gouvernement Harper. Je trouve vraiment important que les citoyens s’expriment sur les sujets qui transforment leur communauté ou les touchent personnellement. Cependant, je crois que les politiciens et autres décideurs d’une société ne devraient jamais utiliser les anecdotes personnelles ou les opinions émotives au détriment des faits pour défendre leurs décisions.
Logiquement, on ne peut être contre une émotion ou une perception. Si quelqu’un est en colère ou juge une décision stupide ou perçoit une injustice, on ne peut le contredire. C’est ce qu’il vit. Par contre, pour faire avancer un débat, il faut définir ce qui provoque ces émotions ou sentiments et expliquer pourquoi.
Pour élaborer une idée, il faut de la rigueur; il faut faire l’effort de lire et de questionner. Sinon, on risque de tomber dans ce que certains appellent la logique du Gros jambon (J’avoue, j’aime bien l’expression). Appliquer cette logique consiste à présenter une anecdote en prétendant illustrer la règle, insinuer que l’idée relève du gros bon sens alors qu’elle est issue de préjugés populaires, puis croire que l’on participe au débat sans faire la différence entre un fait et une perception.
On retrouve présentement ce type de logique au sein du débat pour/contre la hausse des frais de scolarité universitaire. Débat que l’on confond d’ailleurs allègrement avec celui du droit de faire la grève ou avec celui du droit de manifester sur les ponts.
Il peut être difficile de comprendre comment la logique du gros jambon s’avère nuisible quand on prétend défendre les intérêts collectifs à coups de Je, Me, Moi. Aussi, je me permets de tenir le même discours avec les garderies à 7$.
Ainsi, on peut se demander si l’État a les moyens de payer une gardienne à tous les parents du Québec, parce que franchement, si t’as pas les moyens d’avoir un enfant, fais-en pas. Non seulement les parents ne veulent pas payer, mais ils chialent sur le service reçus (la bouffe, les heures d’ouverture, les « amendes » pour cause de retard, etc.). De vrais enfants gâtés! Je n’ai pas à payer pour ça!
Au départ, l’idée de ces garderies visait à aider les personnes défavorisées pour le permettre de faire des études, d’apprendre un métier ou de chercher un emploi en leur accordant du temps. Finalement, on privilégie les parents de la classe moyenne… qui économisent les frais de garderies pour pouvoir se payer des voyages dans le sud, des voitures en location (au moins deux non?), une maison neuve avec walk-in et garage double… Je n’ai pas à payer pour ça!
Alors avec ce même discours de gros jambon, qui veut la hausse des frais de garderies? Le gros bon sens voudrait que les parents paient eux-mêmes les services d’une éducatrice non? On connait tous quelqu’un qui en aurait les moyens, mais qui vient de refaire sa cuisine ou qui a acheté un nouvel ensemble de salon avec télévision écran plat pour épater ces amis. Ces gens de la classe moyenne qui vivent à crédit pour avoir un Ipod, un Ipad, un cinéma maison, une piscine, un barbecue chromé, une Wii… On comprend le principe là, non?
Évidemment, on pourrait faire le même exercice pour tous les services publics (aide aux entreprise, santé, gratuité des routes et des ponts, etc.) Effectivement, difficile d’être contre ce type d’opinion, d’où leur inutilité. Elles ne font pas avancer le débat, elles l’enlisent.
Note : J’ironise là. Bien sûr que je ne veux pas abolir les garderies subventionnées par l’État… et je suis contre la hausse des frais de scolarité aussi. Je suis contre la grève illimitée, mais je respecte le choix de mes collègues universitaires. il faut s’éduquer pour bien défendre ses idées.